2
- Cauterets - refuge de Baysselance (7 h - 1750 m. de
dénivelé)
"Tout
droit !" m'avait
dit l'aubergiste en oubliant de préciser qu'il fallait tourner
à gauche assez rapidement ! Du coup, je me suis tapé une
demie-heure de goudron mais c'est à moitié de ma faute
puisque je n'avais pas regardé la carte avant de partir. En
plus, je remets ça en arrivant à la Raillère en
prenant le mauvais GR, celui qui part vers la cascade du Lutour et le
col d'Araillé. Amusant malgré tout comme erreur puisque
depuis que je "prépare" mon itinéraire, je me pose la
question de savoir s'il vaut mieux passer
par le lac de Gaube ou la vallée du Lutour et le col
d'Araillé justement. Je n'ai pris ma décision que
récemment pour le lac de Gaube ! Je
fais donc demi-tour rapidement et attaque le chemin des Cascades qui
porte bien son nom. C'est tranquille et superbe jusqu'au Pont d'Espagne
où là encore, il me faut demander mon chemin à un
barman car rien n'est indiqué en dehors du
télésiège qui monte ceux qui le souhaitent au lac
de Gaube. Il faut dire aussi que j'apprécie toujours aussi
peu me débarrasser de mon sac pour consulter le topo !
Même quand il n'y a pas le poncho ! La montée
s'accentue un peu et je ralentis le rythme car les 1800 m. de
dénivelé de la journée ne se feront certainement
pas à 100 à l'heure ! Pourtant, c'est quand
même un peu cassé que j'arrive au refuge des Oulettes de
Gaube où, sans hésiter, je pose le sac près d'un
rocher et sors la saquette dans un cadre qui vaut bien une pause.
Le glacier des
Oulettes devant le Vignemale
Les 600 m. qui restent
à
grimper me semblent une montagne (!) lorsque je redécolle
lourdement mais finalement, les pieds se placent automatiquement l'un
devant l'autre sans se poser de questions. J'ai l'impression
d'être un escargot tant au niveau du rythme que de la maison sur
le dos qui pèse de plus en plus lourd ! Pourtant, j'arrive
à l'Hourquette d'Ossoue 2734 m. (le plus haut col de cette
partie du GR) en moins de deux heures et en 20 ' au refuge de
Baysselance.
Il n'y a pas encore beaucoup de
monde et LE "cagibi-lavabo" qui ferme (pas de douche ni eau chaude ici)
est disponible. Un
peu de lecture, un peu d'ornitho (les niverolles alpines me monteraient
presque sur les chaussures !) et à 16 h. les places de dortoir
sont distribuées.
Le refuge de Baysselance vu
de l'Hourquette d'Ossoue
Le soir au repas, je suis assis à côté d'un voisin
de chambrée. Nous engageons la conversation et... il parle.
C'est un "chasseur alpin sans fusil" (sic) en vacances. J'apprends
plein de choses sur ce corps d'élite. Le gars a 35 ans et il
fait de la formation. Il me dit avoir aussi l'impression d'être
en vacances lorsqu'il travaille puisqu'il est toujours en montagne.
Bien sûr, la discipline militaire est présente mais il
paraît que c'est surtout difficile pour les débutants. Je
n'ose pas lui demander si c'est parce qu'on s'habitue ou si c'est
vraiment moins pénible... ou les deux ... ? Il me parle du
secours en montagne, des avalanches, m'apprend qu'un sauveteur dispose
de 15' après la fin de l'avalanche pour retrouver quelqu'un. Il
me dit aussi qu'il faut toujours se débattre lorsqu'on est
pris dans une coulée.
Avec
certaines neiges, c'est parait-il impossible, mais il faut toujours
essayer de façon à se créer un espace où
respirer une fois "posé". Le
délai de survie peut alors atteindre 1 voire 2 heures.
Bref, nous discutons aussi de la vallée de Névache,
d'un refuge militaire réservé aux officiers et à
leurs familles... Dehors la lumière du
soir attend les photographes.
La Brèche
de Rolland, le Tallion, le Marboré... font l'horizon de Baysselance.

Les
occupants de la chambrée sont silencieux donc c'est sans effort
qu'à 6 h. le lendemain je profite de la lumière du matin.
3-
refuge de Baysselance - gîte de Saugué
(plus de 1000 m de dénivelé
négatif - moins de 6 h)
Le
premier quart d'heure de descente ne se fait pas dans la solitude
puisque tous les Vignemalistes sont sur le sentier qui va les faire
remonter vers le glacier. Dès qu'ils ont bifurqué, le GR
est plus calme.
Un
peu plus tard, je croise quelques groupes qui, vue l'heure, grimpent
aussi vers ce Vignemale que j'ai gravi il y a maintenant 13
ans !
Et blablabla, comme le temps etc...
Je suis sans doute plongé dans mes pensées jusqu'au cou
puisque j'en oublie de tourner à la fin du lac d'Ossoue vers la Cabane
de Lourdes. Lorsque je m'en aperçois, j'ai
déjà bien avancé sur la piste et tout compte fait,
je me dis qu'il est bien agréable de marcher sans être
obligé de regarder où l'on place ses chaussures. Je
maintiens donc le cap sur la piste et ne prends même pas la peine
de bifurquer rive droite sur un sentier qui indique Gavarnie par le
bois de Savin. Je me figure qu'il va m'envoyer en l'air (?) et je le
regrette quelques minutes plus tard car je m'aperçois qu'il va
me falloir "goudronner" pendant au moins deux
kilomètres... 
Je ne dois pas être si mal que ça puisque je refuse
même l'aide de deux espagnols qui ralentissent en me doublant et
me proposent de monter. La route est peu fréquentée, les
Vignemalistes sont tous déjà montés et les
touristes ne sont pas encore arrivés si bien que ce n'est pas
trop pénible de marcher sur la route, d'autant que les marmottes
font leur festival !
Plus
loin, la route recoupe le GR et une petite montée vers le
plateau de Saugué me permet de faire une superbe rencontre que
je n'osais espérer malgré le nom d'un sentier que je
coupe à un moment : le sentier du gypaète. Pourtant, il
est bien là, accompagné d'un vautour fauve, superbe, un
gypaète barbu !
Mon arrivée au gîte d'étape est précoce (12
h45 !) et surprend un peu les propriétaires en plein nettoyage
et préparatifs du repas mais cela me laisse le temps de faire la
lessive tranquillement en regardant au loin le cirque de Gavarnie.
Un
peu plus tard, deux jeunes arrivent et pendant qu'ils se douchent et
lessivent aussi, deux chiens leur font le garde-manger ! Bilan : un
fromage, du poulet et du pain !
Finalement, le gîte est presque plein quand le soir arrive. Une
petite ballade sur le plateau me fait découvrir des petits
murets en pierres sèches séparant les parcelles, un peu
comme en Irlande. C'est superbe et assez inattendu.
4-
Gîte de Saugué - Luz St Sauveur
(500
m de dénivelé positif fractionné en nombreuses
montées-descentes et 900 m. de dénivellé
négatif, 6 h45).
Pour ceux qui
souhaitent repartir sur Cauterets,
comme je le mentionne plus haut, il ne faut pas descendre à
Luz (sauf si vous en avez envie après tout !) mais bien
continuer vers Grust à la bifurcation mentionnée à
960 m., peu après l'horrible croix de Sia faite de deux tuyaux
métalliques vert.
La première partie de cette rando est très
agréable et la vue (Gavarnie, Troumouse etc.) est souvent
superbe. Malheureusement, la suite n'est pas du même acabit.
Est-ce la mauvaise nuit passée à cause de deux ou trois
ronfleurs, toujours est-il que la chaleur orageuse s'y étant
ajoutée, je ne garde pas de cette journée un excellent
souvenir. Principalement à cause du goudron assez
fréquent
mais aussi à cause de la dangerosité d'une partie du
circuit qui emprunte l'étroite D 921 sur 2 bons kms sans
trottoir et sans visibilité dans les virages.
Les
petites montées succèdent aux grandes descentes dans un
itinéraire assez casse-pattes. De plus, le GR bifurque au moment
où l'on se dit que l'on va vraisemblablement passer devant un
café mais l'incertitude du trajet qui me sépare de la
boisson fraîche m'empêche d'aller voir. Et ça
recommence quelques temps après ! Tudieu ! Le fameux café
"gâteaux à la broche de Sia" est annoncé et juste,
le GR, une fois de plus bifurque ! Cette fois, la soif est plus forte
d'autant que je me demande si je ne vais pas manquer d'eau. Ouf ! Le
café est bien là, tout proche. Soulagement ! Les deux
jeunes frustrés de nourriture par les chiens de la veille
arrivent à leur tour et se paient un gâteau qu'ils me font
gentiment goûter. Bon ! Pas inoubliable mais bon !
L'originalité de la cuisson lui donne certainement plus de
valeur que son goût... à moins qu'il ne faille mettre mon
manque d'enthousiasme sur le dos de la mauvaise journée !!!
Bref, je reprends le chemin et me coltine la montée à la
croix de Sia dont un jeune parisien rencontré la veille au
gîte me reparlera le soir. Elle les a aussi beaucoup
marqués lui et son amie d'autant que le topo ne mentionne aucune
réelle montée pour ce jour...
Encore
une fois, l'absence de préparation de l'itinéraire
sur la carte me joue des tours ! Je finis quand même
par arriver à Saint-Sauveur, puis, à nouveau par le
goudron jusqu'à Luz.
Le Pont Napoléon de
Saint Sauveur
Il est 15.30 et j'apprends avec "étonnement" que le gîte
n'ouvre qu'à 16 h. ! Décidément... ! Et ce
n'est pas tout, quelques gouttes commencent à tomber.
Heureusement, l'orage aura la gentillesse d'attendre 16.15 pour
véritablement éclater ! Heureusement aussi, les ronfleurs ne
seront pas dans le même gîte, ils ont continué vers
Cauterets paraît-il ! C'est déjà ça !
5- Luz Saint Sauveur 680 m- Cauterets 913
m. par le Col de Riou 1949
m.1230
m de dénivelé, 6 h
Le
tonnerre a grondé toute la nuit... non je rigole... mais
bien jusqu'à 1 heure du matin ! Heureusement
les voisins de
chambrée sont silencieux. j'apprends autour du petit
déjeuner que le jeune couple déjà très
discret la veille au Saugué est de Nantes, lui
de Sautron. Nous devisons des footings des bords de l'Erdre en oubliant
que le ciel bas et lourd pèse comme ... et
qu'il faut partir. Je prends la route bien sûr et ne remonte pas
à la bifurcation. Il est encore tôt et peu de voitures me
doublent (il faut dire aussi que je
marche très très vite !!). Assez
rapidement je suis à Grust qui semble être un hameau calme
et assez riche. Une superbe fontaine de marbre jette un peu de
clinquant sur la place de l'église aux balcons fleuris.
Le chemin qui monte vers la station de Luz Ardiden est splendide, tout
doux, moelleux. Je ne vois personne à part une salamandre
apparue d'on ne sait où en une seconde alors que je
revêtais le poncho en adoptant la stratégie
imaginée par le jeune parisien : poser le sac en hauteur, le
recouvrir du poncho, se faufiler en-dessous en prenant bien soin de ne
pas faire remonter le poncho en le tirant vers l'avant. Et ça
marche ! C'est laborieux, ça tue les cuisses mais ça
marche !

Un
conseil en or sur le bord du GR !
Le chemin se faufile doucement dans les sous-bois et c'est
très régulièrement, quasiment sans effort (frimeur
!) que j'arrive à Luz-Ardiden désert. Plus que 200 m. de
dénivelé avant le col de Riou qui est vraiment dans le
brouillard... tellement dans le brouillard que je ne vois arriver ni le
col ni un marcheur qui passe le col avant moi en sortant sans doute
d'un raccourci. D'ailleurs, à peine passé le col, il
s'engage
dans
tous les raccourcis qu'il voit. Je le suis un moment puis le perd dans
la brume. Dommage qu'on ne puisse rien voir car il semblerait,
sur
la carte, que les paysages soient sympas ! En tous cas, question marche
et sentier c'est super et je me régale avec les multiples toiles
d'araignée qui couvrent les arbres en prenant parfois de
drôles de formes !
Au détour d'un virage, je rencontre les voix que j'entends
depuis un moment. ce sont les ronfleurs qui eux, ont fait escale
à Grust ! Ils piquent-niquent en devisant bruyamment ! Il faut
dire que tout ce qui dépasse en décibel le bruit d'un
chant d'oiseau est pour moi une nuisance caractérisée !!
Une autre nuisance tiens, concernant les panneaux du sentier : En
descendant vers Cauterets, un premier panneau indique le col de Riou
(d'où je viens) à 2h45, et 30' plus tard, un autre
panneau l'indique à 2 h00 !
C'est
bon pour le moral de ceux qui montent. Une deuxième bizarrerie
arrive au niveau du restaurant de la Reine Hortense. Alors que je viens
de paser une balise rouge et blanche, un panneau indique Cauterets vers
l'amont, sens inverse ! Je fais quelques pas en arrière,
vérifie que je n'ai pas inventé la balise et me gratte la
tête ! j'avise alors un vieil homme plongé dans la
contemplation du jardin du restaurant. Je lui demande conseil mais il
me répond qu'il est anglais. Après une petite traduction,
il me confirme que Cauterets est bien "down" . Je
reprends le
chemin en cherchant toutefois les balises avec impatience ne sachant
pas si ce vieillard est bien au fait des habitudes des randonneurs et
de leurs sentiers. Pourtant si, les balises sont là et
Cauterets aussi, dans une brume plus claire ! D'ailleurs, après
la douche, je constate l'ambiance effectivement jour de vacances
pluvieux : les gens traînent dans les rues sans trop savoir quoi
acheter. les enfants font du manège et se bousculent sur les
trottoirs en regardant passer l'animation musicale. La
météo affichée à l'office du tourisme est
légèrement maussade pour le lendemain : neige possible
à 2500 m. averses etc... amélioration en fin de
journée !! Tout ne va pas si mal d'autant que les
ronfleurs, dans le même gîte, ne sont pas dans la
même chambre que moi !
6-
Cauterets - Lac d'Estaing 6
h.
Il
pleut
lorsque je quitte
Cauterets, de cette pluie de plombier, celle
dont il disait (le plombier) qu'on ne la voyait pas mais qui
trempait
quand même, "de la
pluie de merde !"
disait-il ! Nous préférons, à la maison, parler
maintenant de pluie de plombier d'autant que certains
endroits par lui
réparés restaient tout le temps mouillés !!! Sous
le poncho que j'ai songé à remplacer en passant devant un
magasin de sport "On liquide tout", j'ai commencé à
grimper un peu comme hier, tranquille, même si la pente est raide
et la route encore longue... (hi hi hi JPR !)
Finalement, le parcours semble superbe, noyé (il est dit que je
ne verrai jamais rien de ce tronçon !) comme à l'aller
dans la brume brouillard de plombier où je ne
vois personne
jusqu'aux abords du lac d'Ilhéou. Cette fois, j'ai
scrupuleusement suivi les traces du GR.
Cheval à
cornes typique de cette région
J'arrive
au lac sans le
voir(sacré plombier !) et je profite de la carte qu'un jeune
couple vient de sortir pour y jeter un oeil.
Je ne sais pas pourquoi
mais ça me rassure toujours un peu de voir sur la carte
où je suis en vrai ! Bizarre non
alors qu'il suffit de
suivre les marque rouges et blanches ?!!!
La montée au col est pourtant plus longue que prévue.
Là-haut, des craves se font la voix... la dernière fois
que j'en ai vus, c'était il y a trois semaines au Maroc,
à l'Aguelmame Azigza, Moyen-Atlas, "L"opium
et le bâton"
de Mouloud Mammeri... impossible de dissocier ces trois
éléments !
Et là ? Tu passes par où ?
Une fois passé le col d'Ilhéou, c'est la grande descente
vers le lac d'Estaing, parsemée d'une jolie glissade tombante
(d'aucuns diraient "une
sacrée gamelle"... ) mais
c'est sans encombre et ça repart... assez rapidement parce que,
dirait-on, le cheval sent l'écurie alors hop hop ! ...
C'est toujours amusant de reprendre un chemin dans le sens
inverse... rien à voir... et c'est le cas de le dire...
absolument rien à voir...
J'arrive
à
l'hôtel vers 14.30... Je ne regrette pas d'être parti
d'ici et surtout d'y être revenu : bonne table, chambre confortable...
Mais il est vrai qu'en
huit jours, le lac d'Estaing, change du tout au tout ! Lorsque j'y
arrive, ce n'est plus le lac d'Estaing nu, c'est plutôt le Lac
d'Estaing "perméable"...!
Théoriquement, l'an prochain, ce devrait être Luz- Bagnières de
Luchon... alors...
a l'an que ven... Inch'Allah !
Pour d'autres photos d'oiseaux : 
V.M.
le 09/08/2007