GR20 Nord - Corse - 31/07 - 8/08/2002
GR20 sud
(accueil)

« Chörten » sur la crête de la serra Bianca

30 Juillet 2002. L'embarquement à pied est étrange. entouré de toutes ces voitures... Dans le bateau, le restaurant pas cher est comble donc il faut changer d’auberge et c’est bon ! Puis la nuit s’échappe, aspirée dans les bruits de couchettes et de moteurs qui bientôt ronronnent.
31/07/02
Il va de soi que la nuit se passe, « excellente » entre moteurs et insomnies, appréhension et excitation, jusqu’au lendemain 31/07 où, dès 6 h., les hauts-parleurs se chargent d’avertir les aimables passagers que Bastia est bien à la même place et que nous y sommes presque ! Le débarquement est presque parfait et le petit déjeuner pris sur le port, café, croissant matinal. L’agitation de la ville contraste un peu avec le calme du bateau mais on s’y fait vite. La patronne-serveuse s’agite, de moins en moins revêche au fil des minutes. Bientôt il faut songer à aller réserver un hôtel pour le retour, il est tout près, un peu caché, étage, passage étroit avec le sac à dos, ça y est c’est fait, sans histoire, puis la gare,… mais au fait ce n’est pas pour le 10 août qu’il faut une chambre, c’est pour le 9 !!! Acheter une carte téléphone, rappeler l’hôtel, changer la date, s’angoisser un peu plus avant de prendre le train ! LE TRAIN !
Gare
de Bastia

La curieuse voiture du milieu est destinée à recevoir les bagages, sacs à dos etc. Les portes ouvertes des autres voitures le resteront semble-t-il jusqu’à Calvi ! Relativement civilisé jusqu’à Ponte Leccia, le chauffeur (mais était-ce le même ?) qui prend place dans la cabine où je suis, semble sortir d’un dessin animé de…Tati ou Tex Avery ! Les coups de klaxon résonnent longtemps pour chasser les vaches, les touristes qui aimeraient traverser la voie pour aller bronzer sur les plages entre l’Ile Rousse et Calvi, pour les moustiques aussi sans doute ou par prudence ! Le contrôleur a parfois les jambes dans le vide, porte ouverte et tout va bien sauf si on décide d’aller au toilettes. Il faut alors se cramponner et … faire sourire quelques voyageurs allemands, suisses ou hollandais qui vous regardent taper les parois à chaque virage pris à fond la caisse, au moins 50 km /h ! C’est carrément folklo : le conducteur emprunte les accessoires de voyage d’une copine qu’il vient de « monter » et fait la grande folle ; il annonce les arrêts en corse et en rigolant lorsque son « accompagnateur-collègue » le fait en français et en « sérieux » !
Enfin, à peu près à l’heure, nous arrivons à Calvi. Rapidement, il faut se décider, trouver un car ou un taxi. La décision est prise, ce sera un taxi. Un jeune semble vouloir lui aussi aller vers Calenzana. Veut-il partager le taxi ? Hésitant, il décline l’offre et, au moment où mon sac atteint le coffre du taxi, il se décide… trop tard déclare le chauffeur qui n’apprécie pas la manœuvre malhabile. « Soit vous le faites dans votre coin, et je ne suis au courant de rien , soit il paie son taxi ! Il faut pas nous prendre pour des imbéciles ! » Ah ces Corses… ? Eh ben non ! A son accent, il n’a pas l’air franchement du coin mais il connaît Calenzana et il y va direct.
Les prévisions météo sont mauvaises, orages sûr et certain ! La boulangerie de la place est fermée, la charcuterie ouverte heureusement et… une autre boulangerie plus lointaine a encore du pain ! Au moins l’estomac sera plein pour la première et la deuxième étape. (Les guides annoncent une pénurie de pain sur les deux premiers refuges !)
13 h (après le pique-nique) C’est le départ sous le regard étonné de certains autochtones : « Vous partez avec ce temps ?… Vous savez, il y en a eu d’autres ! » Phrase mystérieuse et néanmoins aussi menaçante que le ciel et les coups de tonnerre qu’on peut entendre. C’est donc plein d’espoir et d’appréhension que le chemin s’ouvre.
Le départ de Calenzana Calenzana - refuge d’Ortu di U Piobbu
La montée n’est
pas méchante au départ et le ciel est encourageant.
Pourtant, le guide annonçait un dénivelé de 1295
m.
Bientôt il faut se
rendre à l’évidence : ça monte !
L’orage gronde, le sac est lourd, il est tard et le refuge est
encore loin ! Le baromètre du moral rejoint les basses
pressions et le tachymètre s’accélère !
Je connais les risques de l’orage en montagne mais je me dis que si
ça pète, je me coucherai sur le sol !
L’orage ne pète pas, l’avancée est régulière mais pénible. Les kilos sont lourds pour le premier jour ! Le paysage est impressionnant, déjà ! Des câbles s’offrent même pour faciliter le franchissement de certaines parois. Pourtant, dans le guide, ils ne parlaient de câbles que pour le quatrième jour, pour le « Cirque de la Solitude » ! Non mais ! Enfin ça va, ça monte bien et c’est bientôt la descente… Eh non, ça remonte mais ça va bientôt être la descente… Eh oui ! Eh non, ça repart ! C’est comme le tonnerre, « ça s’en va et ça revient.. » y’a tout qui fait l’accordéon, le moral et même jusqu’aux adducteurs qui me lâchent, le droit d’abord, crampe, massage deux minutes, puis le gauche, un quart d’heure plus tard, re-repos, re-départ, enfin le col… mais oh ! Il faut remonter ! Enfin ça y est, on peut le voir, le refuge d’Ortu di U Piobbu est là… à plus d’une heure de marche… !
Très fatigué, une bière, la tente, une douche, même pas faim, une part de pâtes quand même, au refuge … je croyais qu’on ne pouvait pas manger mais heureusement, on peut … ! Un randonneur m’aborde : « C’était pas trop dur ? Ici, tout le monde a été mouillé ! Une femme est arrivée complètement trempée et vous ? » « Non, rien… entre les gouttes ! » « Chanceux ! Vraiment ! Vous êtes vraiment chanceux ! »
Oui, de la chance ! Peut-être pas aussi prudent qu’il aurait fallu, mais il n’y a qu’une journée de « réserve » et il n’est pas question de la gaspiller le premier jour ! Oui je sais, c’est comme ça que les accidents etc. mais bon… nuit étoilée près de deux jeunes femmes à qui je prêterai mon camping-gaz quelques jours plus tard et tout va mieux !
Enfin, presque !
Eh oui, presque, parce que
le matin suivant (01/08 - d’Ortu
di U Piobbu à Carozzu), est
tout ankylosé mais il faut y aller. Tout le monde est parti,
très tôt, 6 h00, 6h30 très bruyamment ! Ils
auront un peu d’avance. Rien ne sert de se presser !!!
Pourquoi si tôt ?
Départ 8h15 ! Na ! Ma tente est la dernière démontée ! Tout ça pour préparer une longue et fatigante montée dans des paysages impressionnants. Il y a bien quelques passages délicats mais les roches roses, vertes, rouges étonnent ! Le « sentier » (si on peut dire !) monte et descend, remonte et redescend etc. Un groupe de quatre jeunes se repose. On se verra jusqu’à la fin. Parfois de très près, trop. Ils colleront souvent ma tente et ne connaissent pas le chuchotement de 5h30 ! Ils sont flamands : ce sera : « les Bataves ». Le paysage est vraiment beau mais la fatigue est là, bien présente. Pourquoi être là ? … Les muscles tirent encore. Les douleurs... euh non... Les couleurs sont incroyables. Le sac est lourd mais la roche est grandiose.
Le refuge de Carozzu est atteint à 15 h.15 après une terrible descente !

Pourtant… mauvais plan ! Il aurait fallu monter la tente et se doucher tout de suite, ne pas attendre ! Boire un coup, oui mais plus tard !! La tente est bien montée, mais la douche se fait attendre : 8 personnes sont là ! On compte, dans la « salle d’attente », le temps que met chacun ! Un des jeunes allemands qui vont dormir dehors passe devant tout le monde et, pressé, se dirige vers la douche qui, elle, est abritée des regards. Personne ne dit rien, mais ça rigole dans son dos! Celui qui est sous le jet va rapidement lui faire comprendre que la place est prise !!! 40 minutes d’attente et enfin la sueur est évacuée ! Les jeunes allemands se préparent vraiment à dormir dehors à 1270 m. ; certains se sont lavés à la rivière, d’autres, dont le jeune pressé, au robinet ! Des visages déjà reconnus se découvrent : « Black and White » mangent à côté et s’apprêtent à jeter une boîte de sardines à peine entamée. « Je peux la prendre ? » Un couple d’italiens ouvre une bouteille de rouge…Le lendemain, elle n’est pas terminée, ils la porteront toute la journée ! Quel gâchis ! Un autre couple, des jeunes de Grenoble, discute du poids du sac : 24 kg pour lui , 21 pour elle ! Une bande d‘adolescents entourés par un guide et deux éducateurs, parle fort et se fait rappeler à l’ordre. Pas de doute, d’après leur accent, ils viennent de Normandie.
La nuit est belle, les jeunes allemands ont de la chance !
Vendredi 2 Août De Carrozzu à Asco-Stagnu La forme semble revenir. Ma tente est encore une fois une des dernières démontées, mais les épaules semblent aguerries, le sac est moins lourd, le refuge s’éloigne vers 8h30 et les jeunes allemands dorment encore ! Une petite montée (dalles bien lisses équipée de câbles) prépare la descente vers la passerelle de Spasimata où quelqu’un a cru bon de laisser sa « ponctuation » !
A l’endroit exact où je prends la photo, un étron énorme, entouré de son emballage, me pousse à faire attention à mes appuis !
C’est
dans ces moments que je me mets à penser à
« l’exception culturelle » : Certaines
personnes ayant les mêmes envies, les mêmes discours
sûrement, s’opposeront toujours (et sans forcément se
le dire) sur des questions de fond (de culotte !) ! Terrain
glissant… Arrivent les grandes dalles annoncées,
certainement dangereuses par temps de pluie ! Arrivent aussi les
câbles, l’anglais que je reconnais, que je double et qui
repasse devant, les italiens pourtant partis matinaux et qui pausent…
La vallée est superbe. Le paysage me rappelle les gorges de
Taghia au Maroc. Le sac paraît beaucoup moins lourd, tout va
bien !
La passerelle de Spasimata
Au col, un petit campement, pierres en ronds, traces de feux, signale que les gardes du parc ne peuvent pas tout surveiller ! Il y a même un petit sac de vêtements près d’un cairn, au dessus du lac. C’est amusant de se poser des questions autour de ce sac : Un randonneur fatigué a-t-il voulu se délester ? Un marcheur a peut-être oublié la moitié de ses vêtements après une halte réparatrice. Un généreux donateur a-t-il souhaité jouer les Saint-Paul pour des frileux en goguette ?…
Peu importe, la marche est belle, les épaules sont plus solides et le rythme est agréable. Il semble que la cadence est prise. Du coup, les yeux s’ouvrent davantage et avant le col, le paysage réclame son dû, impossible de ne pas photographier.
Une grande descente vers Asco Stagnu et son hôtel, atteint vers 14 h., permet de reprendre son souffle… et de commencer à s’user les genoux ! Dans les pins se cache la sitelle corse qui se donne en pâture ! Tout les guides la décrivent comme insaisissable mais mes jumelles à l’affût tombent dessus presque instantanément !
Plus bas, entre un terrain
de camping installé sur le départ du remonte-pente de
la station (par conséquent pelé et sans ombre), et un
hôtel sympathique, le choix est
vite fait ! La chambre est
confortable, la lessive vite mise à sécher et mon
visage, enfin revu dans un miroir, est rasé ! Quelques
Pietra sont rapidement englouties ! Un étranger
(allemand ? hollandais ?) est stressé : son ami
est blessé, piqué par un insecte, vers le col Perdu.
Redescendu en courant, il a demandé de l’aide au bar. Tout
le monde attend l’hélico ! Je discute avec un des
patrons du bar qui se montre prolixe : « Oui des
accidents, il y en a eu, une fille, au lieu de s’arrêter,
elle a continué ! Au lieu d’un rhume, elle s’est
tuée ! » « Tiens je l’entends,
c’est l’hélico… ! J’ai l’habitude ! »
L’hélico est bien
arrivé… une demi-heure plus tard !
Mon garde-manger s’est
remplumé, un anglais m’a pris pour un corse après un
cours de prononciation autour des mots « Monte Cintu »
Le Cirque de la Solitude, objet de tant d’interrogations est pour demain … le départ du sentier est reconnu, tout semble aller bien.
Face au bar, le Monte
Cintu se laisse entr’apercevoir. Le sentier qu’il faudrait
prendre est juste devant, tentant avant le repas du soir. Au bout de
quelques mètres, un refuge en bois barre le chemin :
c’est « le club montagnard Corse autrichien »
très présent dans le coin ! Étonnant !
Au restaurant, un couple
d’Alsaciens, 65 ans environ, engage la conversation. Ils sont en
bateau, de passage en montagne, connaissent bien la Corse. Il est
chasseur et « bon chasseur » bien sûr !
Intéressant ! Aux tables alentours, pleins de visages
connus ont aussi décidé de changer de menu ! Le
monsieur annonce un mouflon sur Girolata ! Surprenant !
La nuit s’est passée, superbe, alors que certains, sous la tente, prenaient le grain ! Chanceux !
Samedi 3 août de Asco-Stagnu à Tighjettu. Le petit déjeuner est servi par les grands-parents des patrons. Moins copieux qu’ailleurs mais sympathique. Quelques hésitations dans la crête à côté du remonte-pente mais le chemin est vite retrouvé et pour la première fois, on pourrait se croire dans les Alpes, les Pyrénées. Il monte tranquillement et on peut même le voir cheminer à flanc, loin là-bas devant ! Il tourne, doucement puis ré-apparaît avant de disparaître encore ; combes, petits lacs, et puis col. Dans la montée, une famille : Madame (asthmatique et en « légère surcharge pondérale », Monsieur, très sec et musclé, le fiston 16/17 ans et « sa fiancée »). On se reverra jusqu’à la fin, toujours sur le même mode. Ils partent tôt, sont rattrapés, dans la matinée, et arrivent à l’étape, une ou deux heures après ma tente !
Le vent qui remonte du sud dans cette brèche est vraiment frais. Il faut se couvrir et commencer la descente. Les bâtons sont rangés et allons-y, la première chaîne est là, une fixation en moins, puis la deuxième, puis une corde. Tiens, là, il n’ont rien mis ! Pourtant… ! Enfin, ça passe. Il suffit de se concentrer un peu. 200 m. de descente, suivi d’une traversée caillouteuse mais de niveau et ça repart à la grimpette. 200m. aussi munis de chaînes et de cordes. La montée passe mieux que la descente !
Il y a un peu de monde au col alors, fidèle habitude, c’est un peu plus bas que le pique-nique sort du sac. Un chocard s’approche à quelques centimètres. Un bruit de caillou qui tombe me fait chercher l’animal. Trois mouflons sont là-haut, à peine visibles sous un surplomb !
Le Cirque de la Solitude
C’est sans doute
en pensant à la sûreté de leurs pas que je me
prends une gamelle peu avant l’arrivée au refuge de
Tighjettu.
Le responsable n’est pas là. Il s’occupe de la bergerie un peu plus bas, plus rentable. Il arrivera dans la soirée, à peine aimable, inventant même la météo du lendemain. Les Bataves ont du mal à planter une de leurs tentes tellement les emplacements sont étroits. Les grenoblois discutent avec un des jeunes normands qui les colle un peu mais elle (plus que lui) a l’air d’avoir envie de parler. Le couple d’allemands, 45 ans environ, lui chauve aux ongles noirs (peints) et elles plus « classique patchouli » installe comme d’habitude sa tente minuscule très tardivement. Les doyens du voyage, un couple d’environ 55/60 ans sont installés dans le gîte. Elle dessine, il fait des mots croisés. Quelques jours plus tard, au refuge de Manganu, ils deviendront « les canadiens » après une petite discussion devant une bière.
Quelques gouttes tombent, une belette fouine partout. Je la remarque à plusieurs reprises. Elle semble à l’aise.
Peu de monde ce soir. Beaucoup ont préféré rallonger d’une grosse demi-heure l’étape et arriver jusqu’à la bergerie de Ballone où le ravitaillement est annoncé comme plus sûr.
Dimanche 4/08 De Tighjettu à Castel di Vergio. Le Batave est décidément très bruyant ! 5 h15 leur réveil sonne, suivi d’une chanson pour réveiller la belle ! 6 h00 , ils démontent leurs tentes et palabrent comme en plein midi dans cette langue ce matin trop bruyante !
Enfin, pour une fois, ma tente ne sera pas la dernière pliée ! Départ 7 h30 pour ce qui va, sans doute, rester comme une des étapes les plus agréables du parcours. Belle, bien sûr, sans être aussi sauvage que les précédentes, belle et reposante ! Comme prévu, beaucoup de monde connu se réveille à peine lorsque la bergerie de Ballone est atteinte. Ils avaient préféré faire un peu plus hier, ils ont l’air heureux ce matin (« Black and White » , « les deux cools », les autres Italiens….
Un vrai sentier suit les courbes de niveau. Un groupe de jeunes y a même établi son campement au beau milieu ! Les pins Lariscio sont toujours aussi beaux et on aperçoit au loin le lac de Calacuccia. (Un des échappatoires possibles envisagés au cas où les mollets ne tiendraient pas !) Mais non, tout va bien, les jambes attaquent doucement mais sans problème la rude montée vers Bocca di Foggiale. Des visages connus sont déjà au col ( dont celui qui avait trouvé chanceuse l’arrivée du premier jour), et se demandent s’ils vont passer par le refuge Ciuttulu di i Mori ou s’ils peuvent l’éviter en coupant. Ils me demandent. Ma décision est prise depuis la veille. Le raccourci n’est pas négligeable mais en plus la combe semble superbe.. et elle l’est !
Bergeries
de Tulla 
Lorsque le sujet sera abordé le soir, entre amateurs d’une pause rafraîchissante, tout le monde sera du même avis : nous avons retrouvé un sentier et des sensations plus habituelles.
D’autant que même une fois le GR rejoint, ça continue avec en prime le Golo qui offre sa fraîcheur, ses fleurs, et ses aires de pique-nique sauvages. En plus ça descend doucement, tranquillement. Les jeunes normands, toujours prêts à se jeter à l’eau, sont groupés près d’une grande vasque. « Black and White » et quelques autres jeunes se dorent sur une dalle au-dessus de la rivière. Ca sent le farniente et c’est bon !
Le Golo

Après le
pique-nique les pieds dans l’eau, le sentier repart vers un pont,
une cascade prisée des touristes : ça sent la
civilisation. Des enfants sont là, des ados en sandales, avec
une serviette sur le dos. On est pourtant à près d’une
heure de marche de la route. Un beau berger buriné
renseigne gentiment les gens sur le chemin à suivre, assis sur
le mur de sa bergerie. Bientôt le sentier pénètre
en sous-bois et il y fait chaud. Très chaud. Je me trompe de
chemin. Ce n’est pas la première fois ! Comme les
précédentes, il suffit de revenir en arrière sur
quelques dizaines de mètres pour retrouver les marques. Je ne
suis pas le seul à me tromper. Les grenoblois l’avoueront le
soir et le couple de « canadiens » qui suit se
fourvoie aussi ! L’arrivée à Castel di Viergio
se fait attendre. C’est un peu monotone mais ça n’enlève
rien à ce qui a précédé. Les arbres, des
chants d’oiseaux et la marche… « automatique »…
automatiquement sur les rails de la pensée… Je ne vois plus,
je pense !!!
Enfin nous y voilà, les « canadiens » sur mes talons. C’est amusant : après les avoir doublés, et n’aimant pas « accompagner » ni « être accompagné », j’ai accéléré la cadence… en vain ! J’ai donc ralenti pour ne pas donner l’impression que je voulais faire la course, finalement eux aussi ont sans doute ralenti, et ils demanderont même, un peu dubitatifs tellement le trajet leur semble s’éterniser, si nous avons la même destination quelques minutes avant de déboucher sur le goudron qui conduit à « La » station ! Un hôtel au bord de la route et un enclos. C’est tout ! L’aire de bivouac est presque déserte. La tente est rapidement plantée dans cet endroit ceinturé d’une clôture d’un mètre cinquante environ destinée à empêcher les cochons sauvages de venir nous embêter pendant la nuit !
Une douche, une verre, J’échange quelques mots avec le guide et l’éducateur des jeunes normands.
Dans la forêt les oiseaux se cachent. Je les cherche vainement dans les arbres, si bien que je rebrousse chemin. Et là, au bord de la route, des tas de venturons corses ne se soucient pas du tout de ma présence ! Lorsque je reviens, il y a beaucoup plus de tentes, y compris « la moitié » des deux jeunes « cools ». Ils n’ont qu’un petit abri qui semble leur suffire ! Ils partent tard mais arrivent toujours ! Il n’y a pas de gaz à disposition des « campeurs ». Je prête le mien aux deux filles, avec une gamelle. Elles le rendent encore plus propre !
Le restaurant qui suit est excellent (potage corse - lasagnes corses au brocciu arrosé de vin corse !) et la nuit est calme !
Lundi 5/08 De Castel di Vergio à Manganu. Les Bataves pourtant n’étaient pas très loin et quand ils se lèvent ce matin là, toujours aussi bruyamment, quelqu’un leur demande très vite de se taire ! Force est de constater que s’il est bruyant, le Batave est aussi obéissant !
Mon départ se programme tout seul pour 7 h35 (décidément la forme se maintient !) et c’est la tranquille descente dans les hêtres …
Le GR 20 emprunte le sentier de ronde de Valdu Niellu
Un seul hêtre
vous manque…
« faire la
sieste sous l’ombre des hêtres
faire l’amour sans
l’ombre du prêtre …
C'est peut-être
un peu de lumière … »
Machinalement je poétise en avançant...
Bien sûr ici, pas question de sieste, mais de la lumière oui ! Comme d’habitude la marche donne des rythmes. La cadence et les images donnent des mots, des rimes, souvent à trois temps quand tout va bien, ou quatre aussi, mais toujours à deux temps quand ça commence à monter raide et c’est bientôt le cas, vers l’oratorio du Bocca San Pedru. La pente se radoucit très vite et la crête par la Serra San Tomaghine est magnifique. Sous le Capu a u Tozzu (ils sont beaux ces noms non ?) on amorce la descente vers le lac de Ninu (Nino) et ses chevaux tranquilles aux bords des pozzis. L’endroit est calme et beau. Le ciel est bleu, l’eau est fraîche et le sentier qui longe le lac est doux. Sous les pieds un tapis amortit la semelle et la fait même légèrement rebondir. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce personnage aperçu par Alexandra David Néel, qui donnait l’impression de pouvoir marcher sans fin, très vite dans les hauts plateaux du nord de l’Inde.
Lac
de Ninu et les pozzis (1743 m.)
Bientôt, le paysage change à nouveau (c’est bien la seule constante du GR 20 : plusieurs fois par jour et à chaque fois différent !) et c’est dans une forêt de petits aulnes et de cailloux que les pieds enchaînent leur tic-tac.
Le coin est plutôt accueillant, plat, et je trouve étonnant qu’il ne soit pas plus fréquenté ou même habité ! Un chantier abandonné, sorte de plate-forme de béton datant de je ne sais quand arrive à point nommé pour me contredire : La vie ne doit pas être si facile que ça toute l’année ici !
Je pense à l’allemand aux ongles noirs et à sa compagne. Hier soir, il m’a demandé la carte du coin. Ils voulaient bifurquer sur Corte. Adiù !
Assez rapidement, la bergerie de Vaccaghja est atteinte, juste après une bifurcation qui conduit en une ou deux étapes à Corte. Des chevaux se reposent ; des gens aussi, à l’ombre.
Un homme s’adresse à
la «patronne» : « Tu as du monde ! »
puis se retourne : « Vous comprenez, je suis le
chef, c’est elle qui va vous servir ! » Et c’est
Marie-Claude, qui sur un fond de Che Guevara « Evolution »
vend les fromages de brebis. Il y a vraiment un drapeau géant
punaisé au mur, un drapeau de Che Guevara ! Plus tard, à
Bastia, dans les vitrines, il y aura les mêmes, en Tee-shirts,
« Rêv’Olution ! », en torchons, en
serviettes de bain … !!!
A propos de brebis,
ou de chèvre, il y a du fromage partout en Corse mais pour
voir un troupeau, il ne suffit pas de se lever de bonne heure, il
faut aussi avoir de la chance !
L’arrivée
au refuge est agréable.
La bergerie de
Vaccaghja. Au loin, le refuge de
Manganu
Le gardien est sur la terrasse un
grand sourire aux lèvres et regarde les arrivants.
Il est un
peu plus de 14 h : « Ah ! Quelqu’un qui
arrive avec le sourire ! Ca fait plaisir ! »
« Euh ben une place pour une tente ! »
« Une seule ?… Vous avez le choix ! Les
douches c’est par là, chaud si vous vous dépêchez ! »
La
tente est plantée, la douche est prise réparatrice
et…chaude …Des légionnaires en armes défilent !
Les langues vont bon train avec plus ou moins d’humour : « Si
nous n’étions pas arrivés tôt, ils auraient
pris toutes les places ! » « Ils doivent
sans doute chercher Colonna ! ».
Ce
qui est sûr c’est qu’ils cherchent des bières en
même temps que moi chez le gardien.
Je
m’installe sur la terrasse et fais plus ample connaissance avec les
« canadiens ». En fait ils sont français
mais vivent « là-bas ». Ils font
beaucoup de marche, lui, vraiment très classe (même si
je l’ai vu tricher aux mots croisés !!) fait aussi pas
mal de vélo et elle fait un peu les « relations
extérieures » ! Elle a d’ailleurs la voix
rigolarde de Denise Fabre (pour les vieux qui s’en souviennent !).
Il connaît assez bien la région de Béziers et
même le Caroux ! D’autres visages connus sont là
mais la proximité de la bifurcation avec Corte a ramené
pas mal de monde si bien qu’on se retrouve beaucoup plus nombreux
que les autres soirs.
Bien sûr les « bataves » sont là, les « grenoblois », les deux jeunes « cools » aussi, tout près de « Black and white ». L’anglais a disparu, les italiens aussi mais les « bataves » sont…. près de la tente ! Les deux filles (celles à qui j’ai prêté le réchaud) ne sont pas loin et m’apprennent qu’elles ont l’intention de faire la totalité du parcours. Bien entendu, les jeunes normands sont présents. Le campement s’est vraiment agrandi. Deux couples de marseillais s’installent, très vite, dans le sens de la pente, très pentue ! Ils parlent… marseillais ! Sans vouloir suivre leur conversation, il n’est pas difficile de deviner qu’ils arrivent de Corte et qu’ils font faire quelques étapes, peut-être, sur le GR !
Le
refuge de Manganu 1601 m.
Dans
la soirée, la proximité des tentes, des conversations ;
les couleurs, l’ambiance… Je pense à Woodstock , en
silence !!
Des conversations,
aux douches, aux toilettes, à la vaisselle, laissent entendre
que certains ont déjà étudié le parcours
: « Demain ça va être chaud ! »
« Attention, ça va grimper ! »
Il suffit effectivement de jeter un œil sur la carte pour voir que
l’on va passer au point culminant du trajet : la Brèche
de Capitellu (2225 m.). En revenant des toilettes, je croise
l’anglais que je croyais « perdu ». Il
m’annonce tranquillement qu’il a fait le Monte Cintu, deux jours
avant, puis a rattrapé le « groupe » en
grillant une étape ! Carrément ! Il a
l’intention de faire le GR en entier. Je pensais qu’il ne
voyageait pas seul mais ce que je croyais être ses amis de
rando n’étaient que des rencontres de passage qui ont
abandonné à la Station d’Asco Stagnu. Sympa de le
revoir en tous cas !
Mardi 06/08 De Manganu à Pietra Piana:. Le tonnerre a grondé pendant la nuit et la pluie menace encore. « Black and White » et la paire de « jeunes cools » ne semblent pas pressés de partir. Les normands et leur guide ont attendu longtemps avant de se décider. Finalement ils y vont ! Déjà des légionnaires ont traversé le campement. Allons-y !
Le départ est un peu rapide, puis ça se calme et bientôt ce sont des paysages fabuleux comme je les aime. « Un lac tranquille, l’image d’un lac, avec juste la lumière qu’il faut… Il faut mettre un peu d’ordre dans la tête…. L’ordre ? Qui parle d’ordre ?». Je ne peux m’empêcher de penser au texte de Tahar Ben Jelloun, le bon, celui d’il y a longtemps, celui des « Amandier sont morts de leurs Blessures » Les lacs de montagne perchés sur des hauts plateaux sont les plus beaux endroits du monde ! Et jamais je n’y passe sans penser à ces « lacs tranquilles », ce texte, enregistré pour le spectacle « Noir et Immense » à Rabat, avec Ph. Hubert, 1982.
Une
fille (allemande ?) est passée comme une flèche. A
la Brèche de Capitellu où on ne voit ni lac ni
rien, elle dit que « C’est dommage, d’habitude, la
vue sur le lac est extraordinaire !!! »
Effectivement, on ne voit rien ! Tellement rien qu’il faut
vraiment faire attention aux balises. Pas question de s’égarer
par les temps qu’il fait. Il ne faut avancer que lorsqu’on voit
la suivante. Et c’est finalement assez amusant. Je lui propose de
la prendre en photo avec son appareil ! Il faut vraiment se
couvrir et couvrir le sac !
Peu après le
col, deux autres filles sont rattrapées. Elles bloquent dans
un passage en descente un peu plus abrupt ! C’est encore une
chicane anti-gros ! Depuis le début, il semble que
certains passages soient particulièrement difficiles d’accès
pour les gens d’une certaine corpulence ! Celui-ci l’est
tout particulièrement ! Deux rochers se resserrent et
empêchent une forte taille de passer ! Une des deux
filles, pourtant svelte, a enlevé son sac à dos. Au
bout de quelques minutes, tout le monde arrive à passer. « La
famille » est là aussi. Madame en retard a, elle
aussi, quitté le sac . Son mari a déjà posé
le sien plus loin et, silencieux, reprend l’autre ! Le jeune
couple, les « enfants », en revanche n’est
pas là !
Une jeune femme se fait coucher sur le bon côté par une rafale ! Je lui conseille, par gestes de se relever et de gagner le col tout proche où elle sera à l’abri ! Tout s’enchaîne sans que la vue ne se dégage.
Le lac Melu s’offre deux fois puis s’évapore. J’arrive à l’accrocher dans l’appareil la deuxième fois. La première a été trop rapide !
Les « Bataves » sont là aussi, comme d’habitude, ainsi qu’un autre couple que je pensais ne pas voir aujourd’hui. Hier au soir, la cheville du « mâle » semblait douloureuse ! Mais non, ils semblent avancer à une cadence normale !
Nous nous doublons, croisons aussi des gens : un jeune couple à peine couvert, en baskets !!!
L’impression
de soleil est trompeuse ! 
J’ai aussi eu le « privilège » de conduire un groupe de légionnaires pendant presque 10 minutes ! J’avais été tenté de les distancer mais j’ai eu des « remords » !!! J’ai donc décidé de les laisser passer lors du passage de la première petite difficulté rocheuse ! Quelques minutes plus tard, la troupe m’a doublé tranquillement. Leurs muscles sont impressionnants ! Presque autant que leurs armes !
Au bout d’un moment, j’ai un peu l’impression de tourner en rond ! Je passe d’une crête à une autre, d’un col à l’autre, d’Est en Ouest, du Sud au Nord et ça recommence ! J’ai vraiment l’impression que rien n’avance. « Après ce col, il faudra tourner à gauche et descendre , c’est sûr ! »
Eh bien non, c’est à droite et en montée que ça se passe ! J’ai pourtant un sens de l’orientation assez correct mais rien à faire, je n’arrive pas à me dire que les balises indiquent la bonne direction. Pourtant, je les vois… et je leur fais confiance ! Je plains d’autant plus le petit allemand, 7/8 ans, sac à dos, que je double avec ses parents. Il est encordé ! Et pourquoi faut-il que je le plaigne ?
Le soir, je le reverrai, de corvée d’eau avec sa sœur, à 200 m. de la tente de ses parents. Il rigole !
En attendant, la progression est sûre, lente et régulière comme on dit mais je ne sais toujours pas où je suis exactement ! Je m’attends à arriver d’ici 30’ environ, lorsque je commence à entendre des voix ! Surprise ! Je continue ! Encore des voix ! Et tout à coup, des taches de couleurs dans le gris des nuages. Le refuge de Pietra Piana est là ! Un emplacement semble aller parfaitement ! La tente est montée, la bière est bue, les visages reconnus ! Les normands ont déjà monté les tentes… ils les redémontent ! Le guide a entendu parler d’un coup de vent. Il préfère aller plus bas d’autant que l’éducateur tient, lui, à amener ses jeunes le plus vite possible à la plage ! Ils sont en manque, il y a urgence ! Effectivement, lorsque je les vois passer, ils saluent et souhaitent à tous ceux qu’ils reconnaissent une bonne fin de « GR ».
Les légionnaires ont semble-t-il, le même plan, au moins en ce qui concerne le départ du refuge de Pietra Piana ! Certains les verront grimper la crête comme une colonne de fourmis ! Le vent commence à souffler ! La douche est fraîche. La part de gâteau aux châtaignes est délicieuse. Il fait frais. Les alentours du refuge sont agréables. Comme d’habitude, dès que l’on passe un fourré, on tombe sur des latrines sauvage ! mais finalement le tout est vraiment agréable à arpenter !
Je revois l’anglais ! Il est en retard sur son planning ! Il va devoir griller des étapes. Le jeune couple a attendu ses parents un moment. Tout le monde s’est retrouvé. « Black and White » n’ont pas l’air d’avoir pris le départ, ni les deux jeunes « cools ». Les « canadiens » sont là, avec le groupe qui dort au gîte depuis le début. Un de ce groupe me voit. Il hésitait l’autre jour : devait-il prendre le raccourci ou non ? C’est lui aussi qui a employé le terme de « chanceux » le premier soir. !
Cette fois, il dit : « Chapeau hein ! Vraiment, je trouve que vous…! » Il finit sa phrase d’un signe et d’une mimique qui veulent dire que c’est la forme ! Et moi j’entends : « Pour un vieux, vous m’épatez !!! »
Il est presque 19h. lorsque je me glisse un peu refroidi dans le duvet. Le vent se lève, la tente flappe ! I faut que je me relève une première fois. Quelques minutes plus tard, une heure, deux heures peut-être ?, des grognements me réveillent ! Un cochon fait l’inventaire ! D’autres grognement lui répondent : des allemands. « Schwein… il a voulu entrer… ! » Finalement, je m’endors, malgré le vent… puis me réveille. Le flap-flap est décidément trop fort. Quelque chose a dû lâcher. Je sors : effectivement, l’élastique de la tête pendouille. Je le remets et vais me rendormir aussi « sec » sous la petite pluie qui va bientôt cesser.
Mercredi 7/08 de
Pietra Piana à Onda
Le départ est assez
correct : 7 h.55. L’anglais est parti devant, les « bataves »
aussi. L’option « crête » semble
évidente. Quelqu’un me dit qu’à l’origine, le GR
passait par les crêtes mais qu’il a été
détourné pour que les randonneurs puissent passer par
les bergeries. Le passage par les crêtes existe toujours, il
est superbe. Le soir, les « canadiens » diront
que l’itinéraire par la vallée valait vraiment le
coup aussi. Les bergers de Tulla étaient parait-il sympas,
leurs fromages aussi !
Par les crêtes,
c’est très beau même si les grenoblois, qui n’ont
pas vu la mer, affirment le contraire ! 
Très vite, on
peut voir la mer des deux côtés, et même un sommet
très loin vers l’Est. Après moulte réflexions,
la solution me sera donnée à Bastia par un vieil homme
qui se promenait sur la digue : « Oui ! C’est
bien l’île d’Elbe ! Souvent on voit aussi Capraïa
et Monte Christo ! »
Eh oui, de là-haut,
c’était bien l’île d’Elbe que je voyais, et un peu
plus loin, ce fut la mer des deux côtés, avec Ajaccio à
droite et l’embouchure du Golo à gauche, ou quelque chose
comme ça !
Cette
crête est décidément magnifique. Très loin
là-bas, le grand sac de l’anglais s’éloigne.
Encore une fois A. David
Néel se rappelle à moi : les « cairns »
en forme de « chörtens », la marche
facile, (à peine besoin de mettre les mains de temps en
temps), et la sérénité… tout est de plus en
plus « zen » !
L’impression de dominer
est grande et le plaisir de la marche est énorme !
En y regardant bien, on peut distinguer un ferry qui arrive à
Ajaccio, un autre qui part. Plus au nord, la ligne des vagues est
visible aussi ! Il ne fait pas trop chaud ! Quelques vaches
isolées et craintives font quelques pas lorsqu’on passe trop
près d’elles !
Une montée raide
oblige à (re)mettre les mains, une descente aussi, et puis c’est
la plongée sur le refuge de l’Onda atteint à 13 h.30.
Le berger, Jean-Do, et sa femme, sont sympas, ils ont de
l’humour, de la bière et du pain ! Ici aussi, un enclos
est censé protéger les campeurs des cochons. (Qui a
dit : « les cochons des campeurs » ?)
Il n’y a pas beaucoup de tentes installées, mais il y a … un cochon dans l’enclos. Bientôt d’autres tentes arrivent.
Les
travailleurs
Vers 14 h30, « les deux filles » commencent à s’installer sur un endroit bien herbeux…, dont elles sont délogées par quatre ouvriers et Jean-Do qui ne vont pas tarder à se mettre au travail. Assez rapidement je comprends qu’ils vont faire une dalle de trois sur trois. Il faut mesurer, mettre de niveau… mais avant, il faut aller chercher les outils ! Le spectacle commence ! En fait, sur cinq, trois travaillent vraiment : celui qui a l’air d’être le chef de la bande des quatre ouvriers du Parc Régional, , un des dits ouvriers et Jean-Do. Les autres « donnent un coup de main », de temps en temps ! Vers 4 h. la mise à niveau est faite, des cailloux ont été disposés, il ne reste plus qu’à faire le béton… mais il n’y a ni assez de sable ni suffisamment de ciment ! Il faudra revenir un autre jour !
Les ouvriers du Parc vont boire un coup et repartent sac au dos vers leur voiture, à une heure de marche environ. La dalle attendra. Le ciment et le sable arriveront demain si l’hélicoptère peut venir, sinon plus tard, avec les mules.
Le temps
s’était bien couvert, mais les brebis rentrent
paresseusement vers la bergerie sous le soleil.
Les
cochons sont plus pressés, plus bruyant. A nouveau, un d’entre
eux a réussi à pénétrer dans le camp…
C’est le même ! Un habitué. Il sait aussi
ressortir tout seul ! Il est
l’heure d’aller goûter l’omelette au fromage et aux
herbes commandée à la femme de Jean-Do ! De
retour à la tente une heure après avoir pris les
moutons en photos, après m’être régalé
avec l’omelett
e, le spectacle est carrément différent.
Ce jeune qui retourne à sa tente semble bien être un des scouts italiens en « uniforme ». Ils se recueillent avant chaque repas en se mettant un peu à l’écart. Cela ne les empêche pas de parler fort et de chanter fort aussi et tard. Cette nuit-là, deux ou trois français les feront taire en hurlant plus fort qu’eux une vieille comptine française ! Le contraste avec des éclaireurs français en troupe mixte est amusant !
Ce soir est la dernière nuit en montagne. Demain Vizzavona.
Jeudi 8/08 De Onda à Vizzavona.
La première
montée est assez raide mais agréable car elle est
fréquemment coupée par de jolis replats où des
vaches se cachent derrière les fougères. La crête
de Muratellu est superbe. Dès que le col est passé, le
paysage change du tout au tout, comme d’habitude, et c’est la
longue descente vers Vizzavona qui commence : 1100 m. à
faire encaisser aux genoux !
Les
grenoblois sont juste devant, puis derrière ! Bientôt
c’est la forêt de petits aulnes, puis les sapins. Déjà
le sentier est plus fréquenté. Il y a même un peu
de monde à la première cascade qui n’est pas encore
celle des Anglais. (A la gare de Vizzavona, une expo sympa
m’apprendra qu’au début du vingtième siècle,
ce village était une villégiature très prisée
des anglais. Les Corses ont donc baptisé certains de ces
endroits du nom des gens qui les fréquentaient le plus. )
Mais les
temps changent, les anglais ne sont plus les seuls « étrangers »,
les touristes sont sûrement nettement moins fortunés
aujourd’hui, et le grand hôtel, autrefois luxueux, est
aujourd’hui presque en ruines !

passerelle sur l’Agnone
Bien sûr, plus la vraie Cascade des Anglais se rapproche, plus le sentier grouille de monde. C’en est presque gênant. Je reconnais des passages où nous avions escaladé des rochers avec Guilhem pendant les vacances de Pâques 2000. Encore une fois, le ciel se couvre vers midi et la halte au bord du ruisseau est raccourcie. La grosse passerelle qui l’enjambe tarde à venir. Je me souviens que le sentier qui vient du parking arrive à peu près à cet endroit. Les touristes se garent tous au parking. Il faudra donc patienter encore un peu avant d’être tranquille. Enfin elle est là, face à la baraque à frites ! Les deux « grenoblois » ont acheté un énorme sandwich et se reposent !
De l’autre côté de la passerelle, une large piste forestière conduit doucement à l’arrivée en ne croisant pratiquement plus personne sauf bien sûr aux abords de Vizzavona. Ce n’est pas facile facile de trouver son chemin jusqu’à la gare mais il est impossible de se perdre…
L’hôtel et le refuge proposent des services équivalents. Par acquis de conscience, et puisque c’est indiqué, une petite visite au « bivouac provisoire » s’impose ! C’est un endroit situé juste à côté du parking des cars, à peine abrité par quelques arbres sans eau potable ! Le choix est vite fait ! Tout près de la (très calme) gare, ce sera le « refuge ». La première chambre proposée ressemble effectivement à une cellule, comme viennent de me l’annoncer les « Canadiens ». La deuxième comporte quatre lits superposés deux à deux. C’est propre. C’est même refait à neuf, tellement neuf qu’il n’y a pas encore de plafond ! Le repas se montre, disons correct, mais sans plus ! Le vin – corse – pourrait être meilleur mais finalement il s’avèrera gratuit ! Oubli, sans doute. Le lendemain, le patron explique que les travaux n’ont pas pu être terminés en raison des intempéries et du gel de l’hiver. Il a fait jusqu’à moins quatorze et c’est exceptionnel.
Rapidement le train arrive. Ce n’est pas le même qu’à l’aller, plus moderne et plus bondé aussi. Voilà, le GR20 s’éloigne, petite halte à Corte et Bastia se rapproche. Certains paysages sont étonnants, certains viaducs aussi.
Il y a un peu de fatigue dans l’air, les genoux se plaignent des descentes accumulées. D’un côté il y a la satisfaction d’avoir terminé ce qui avait été prévu mais il y a aussi un peu de regret que ce soit déjà terminé et aussi l’inévitable frustration de n’avoir pas pu programmer la totalité du parcours. Heureusement ce qui domine, c’est tout ce qui s’est mis dans la tête et dans les jambes, d’images, d’efforts, de beauté et de montagne.
Bastia aussi est une petite ville grouillante de vie. Il semble que ce soit le deuxième port de voyageurs de France ! Et tout se passe bien. La vieille ville est belle. Les gens sont plutôt sympas. Sur la grande promenade sous le kiosque, un concert d’accordéon commence. Le seul à danser tout de suite est un trisomique qui a l’air de s’éclater. Quelques personnes, rares, lui emboîtent le pas.
Le restaurant est sympa, le serveur, bavard et fan de I Muvrini. Je lui pose une question sur le groupe, et c’est un déluge d’info : et Jean-François par-ci, et Jean-François par là … (JF Bernardini, leader du groupe). A la fin, il avoue ne pas connaître son pays. « Vous les touristes, vous connaissez la Corse mieux que nous ! On sait pas la chance qu’on a. On peut surfer sur les pentes et en deux heures venir se baigner ! » Le patron discute un peu aussi et montre même les photos de son établissement avant qu’il ne brûle. Sympa aussi. Allez, à bientôt, promis, la prochaine fois c’est ici que je reviendrai !
EPILOGUE ?
C’est
fini ! Et pourquoi ?
On peut se poser la
question de savoir pourquoi c’est fini … ! Et aussi pourquoi
ça a commencé ?!
Comme ça, en
courant, quand l’automne et ses couleurs sont arrivés, je me
suis, moi aussi, demandé pourquoi j’avais eu envie de
« faire » une partie de ce GR20 ! C’est vrai
quoi ! Pourquoi aller quelque part, et souffrir, un peu
peut-être, mais souffrir quand même, il faut le
reconnaître ?
Alors ?
Pourquoi s’en aller ? Pourquoi faire tout ça ?
Sans
doute parce que là haut c’est beau et que ça vaut le
coup de suer un peu pour aller voir comme c’est beau là
haut !
Pour
voyager ? Partir c’est peut-être mourir un peu mais
c’est vivre beaucoup non ?
Finalement,
parce que je déteste l’ expression : « pour
passer le temps ! »(j’ai toujours l’impression
d’entendre « Pour tuer le temps ! »),
et parce que je crois que chacun a sa liberté de remplir son
temps « libre » comme il souhaite, alors sans
doute il ne me vient pas à l’idée d’attendre qu’il
se comble toujours tout seul ! J’ai juste donc envie de
remplir, avec le plus de densité possible, le plus
intensément, ces moments, rares, ces moments où les
cases du temps vont se « promener », se
remplir, et revenir, assez fortes pour rester. En attendant, je songe à l'an prochain, la partie sud...
© Vincent Mérand2002
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