Les mots en vrac :
Quatre mois, de Juin à Octobre
1990, m'ont permis de me faire une petite idée de l'île
aux Belles-Eaux (Karukéra). Au-delà de la
beauté de la flore, des paysages, tant sur les côtes
qu'à l'intérieur des terres (les pitons - sommets- de
Basse-Terre, les traces -sentiers- qu'il faut ré-ouvrir à
la machette, sont superbes), il y a l'insularité avec ses
avantages et ses inconvénients. Il y a des tas d'oiseaux et pas
un seul animal dangereux. Les deux seuls dangers viennent de la flore :
le mancenilier offre des pommes pouvant s'avérer trs dangereuses
(On dit que les marins de Cristophe Collomb en ont fait la triste
expérience), et, dans une moindre mesure, l'herbe-rasoir qui vous lacère les vêtement ou la peau assez facilement.
L'identité guadeloupéenne est forte même si,
parfois, on a l'impression que le mélange des groupes
(indiens, libanais, martiniquais, métropolitains...) est parfois
difficile. Je me rappelle les discussions passionnées avec les
écrivains guadeloupéens sur la négritude,
l'identité.
On fait quand même aussi assez rapidement le tour de la
Guadeloupe (même si en quatre mois je suis loin d'avoir "tout
vu"). C'est la raison pour laquelle beaucoup de gens voyagent. Il faut
dire que c'est une base de départ extraordinaire vers les
Amériques. Je revois encore cette barque d'immigrés
dominicains arrivant sur une plage discrète de Basse-Terre et la
lecture, le lendemain, d'un article dans le journal racontant la lutte
contre l'immigration clandestine.
Je me souviens d'une jeune collégienne qui rentrait chez elle et
avec qui toute communication a été impossible. A priori,
elle ne parlait que le créole !
La vie y était chère et le chômage important. Mais
je me rappelle les sandwichs à la morue accompagnés de
jus de maracudja sur le port de Basse-Terre, les fruits des arbres
à pain ramassés par terre, les avocats, les mangues, les
noix de coco, les limes, jonchant le sol après les coups de vent
et fournissant une nourriture saine et économique.
Je me rappelle enfin de cette alerte au cyclone qui nous avait fait
protéger toutes les vitres, les portes sous l'oeil un peu
indifférent de gens qui n'y croyaient pas. Ils avaient eu raison
cette fois là.