- "Le Rat Conte" -

Le mouflon distrait - la grenouille aux yeux lumineux - la salamandre hémiplégique -

La marmotte qui se prenait pour un lionLorsque la laie te ment

et bientôt d'autres histoires...


Retour à "photos d'animaux"                                                     retour à "Phot'oiseaux"                                                    retour à "mes randonnées" perso-écriture


Le mouflon distrait.

Il était une fois, dans les profondeurs de cette montagne étrange que certains nomment  "La femme allongée", une harde de mouflons que d'aucuns appellent "mouflons de Corse".  Un vieux mâle veillait tranquillement sur sa petite troupe et rêvassait, tout en mâchonnant de belles touffes d'herbe qui, malgré la neige de la veille, était encore assez abondante en cette fin d'hiver. Autour de lui, les jeunes s'agitaient, tournicotaient, se bousculaient, et parfois même, lui fonçaient dessus. Ils étaient cinq ou six. Lui, le vieux, avait depuis longtemps renoncé à lever la tête pour les compter chaque fois qu'il pensait à eux. Chaque année ça changeait, et même durant la saison, leur nombre variait. En général, ça diminuait mais il avait vécu des situations bizarres où  le nombre d'individus avait augmenté. Tout cela lui était maintenant bien égal. Après tout, les femelles s'en occupaient fort bien. Non, lui, ce qui l'intéressait, depuis quelques mois, c'était ce qu'il avait vu sur un des panneaux du massif. Vous savez, un de ces panneaux pédagogiques, la plupart du temps percés par des chasseurs frustrés, où les marcheurs trouvaient des informations  variées sur les populations animales. "Mouflon de Corse - Ovis gmelini musimon var. corsicana" Depuis ce jour où il avait vu ce panneau, le vieux mouflon ne pensait plus qu'à cela. Il avait même failli rater la période de reproduction. Toute la journée, il se demandait bien pourquoi les hommes les disaient "de Corse" alors qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Un bref jappement le fit à peine lever la tête. Au deuxième cri de la femelle, il comprit que quelqu'un approchait. Les autres étaient déjà partis comme des flèches. Il sortit de son carré d'herbe, visiblement contrarié d'être dérangé. Il réfléchissait encore à ce qu'il pourrait bien faire pour rejoindre la Corse et comprendre. C'était son but, sa quête avant de mourir. Il marchait ainsi plongé dans ses réflexions lorsqu'une forme noire surgit, juste devant son oeil fatigué ! Il avait failli foncer dans un humain. Un stalagtite qui pendait au bout d'une branche se décrocha, certainement, se dit-il, à cause du bruit que faisait son coeur. Deux minutes plus tard, toujours tremblant, il s'arrêta et constata avec soulagement que cette fois encore son coeur avait tenu le coup. Pourtant il décida qu'il n'avait que trop attendu. Dès le lendemain, il entamerait son voyage.
La grenouille aux yeux lumineux.

Il était une fois, dans le grand Sud Tunisien, un homme d'une extrême fatuité. Très habile manipulateur, Driss M. avait passé une grande partie de sa vie à manigancer auprès des riches et des gens de pouvoir. Après des études de droit plutôt laborieuses à Paris, notre homme était revenu profiter des relations de son père qui l'avait placé comme secrétaire auprès d'un sous-directeur de cabinet dans un obscur ministère. Sûr de lui, tapi dans l'ombre et profitant largement des menus passe-droits que lui conférait sa position, il avait réussi, en ratissant large, à amasser une jolie fortune qui, malgré tout, ne lui suffisait pas. Ce qu'il voulait par-dessus tout, mais n'arrivait pas à obtenir, c'était avoir du goût ! Son cousin Abdel, l'imprimeur, lui, avait du goût. Personne n'osait le lui dire mais... : "Bien sûr Driss, c'est gentil chez toi !... Au fait, tu sais, je suis passé chez Abdel et Fatima l'autre jour. Ils viennent de refaire leur salon. Tu verrais ça !"  
Plus les années passaient, plus Driss M. ne supportait plus ces réflexions. Il décida d'aller voir le fqih ! Le sorcier, voyant à qui il avait affaire, lui demanda une grosse somme d'argent  en échange de quoi, il l'aiderait à s'approprier le bon goût de son cousin. Driss M. lui promit l'argent et le sorcier commença un long travail. Grâce à quelques conseils judicieux, Monsieur M. améliora rapidement son apparence. Il abandonna les grosses bagues en or, cessa de mâchonner les énormes chewing-gum qui lui donnait l'air d'un dromadaire obèse . Il décida même de repeindre sa maison en blanc et bleu au lieu du rose et rouge qu'il avait imposé à son entourage. Bien sûr, il prétexta qu'il avait trouvé cela tout seul. Un certain changement commençait à s'opérer et les gens le voyaient mais cela ne satisfaisait pas Driss M.. Il demanda un jour au sorcier de lui donner tout le bon goût de son cousin de telle sorte que celui-ci n'en ait plus du tout. Il promit pour cela une très grosse somme d'argent  au fqih  qui refusa bien entendu. Furieux, notre homme l'envoya direct en prison.
C'est de cette prison que le sorcier jeta un sort à Driss M. et le transforma en grenouille, le condamnant à vivre le restant de ses jours dans une oasis où tous les touristes ne manqueraient pas de remarquer et même de photographier cette grenouille aux yeux  ridicules et de fort mauvais goût .

La salamandre hémiplégique

Il était une fois, dans une sombre forêt pyrénéenne, une famille de bergers qui, du lever au coucher du soleil, et ce, de l'hiver à l'automne, parcourait la montagne du côté de Gabas et même plus loin. Les falaises de la Tume n'avaient aucun secret pour eux, ni le chemin de la mine qui domine la vallée du Soussouéou... Ils connaissaient tous les sentiers par cœur ! Ils les connaissaient tellement bien qu'un jour, Joan, le fils cadet, paria avec son frère qu'il monterait à l'Hourquette d'Arre les yeux bandés. "Tu n'y penses pas ! Tu vas te rompre les os !" s'écria Paul, l'aîné. "Non seulement, je le ferai, mais je redescendrai  aussi jusqu'à Gourette !"  Et il partit, un matin tôt, alors que les brumes s'attardaient menaçantes sur les sommets avoisinants, que Joan ne voyait plus.  Paul  le suivait discrètement, à plus de cinquante pas derrière.  Par deux fois, Joan se retourna : "Laisse-moi seul ! Fais ce qu'on a dit. Prends le vélo ! Le premier arrivé à Gourette paye le restaurant ! Allez, Paul, va-t-en !"  
Le temps menaçait vraiment. De lourds nuages noirs s'effilochaient comme des coups de crayon sous la gomme, bientôt remplacés par d'autres encore plus épais. Paul décida de se faire discret. Il ralentit le rythme et commença à regarder autour de lui, les arbres, les feuilles. Il croisa bientôt une première salamandre, puis une deuxième, et une troisième. Il sourit en pensant à son frère. C'était ses animaux préférés. Lui, ce qu'il aimait, c'était plutôt les écorces des arbres morts qu'il aimait observer. Il y voyait toujours des visages, des gueules d'animaux et s'inventait, depuis sa plus tendre enfance, des histoires fantastiques où de gentils monstres se faisaient torturer par d'horribles princesses.
Paul se rendit compte qu'il avait  perdu Joan de vue. Il accéléra le pas, se mit bientôt à courir et arriva rapidement à la corniche des Alhas.  Un sentiment étrange l'envahit. Il s'arrêta, ayant cru entendre quelqu'un appeler, puis se remit à courir. Le chemin était étroit, dangereux. Paul était maintenant complètement affolé. Le vent soufflait en rafales glacées. De grosses gouttes de pluie se mirent à claquer sur le sentier. Il allait poser le pied sur un rocher lorsqu'il vit qu'une salamandre s'y trouvait. Paul entendit alors un cri, venant de sous sa chaussure, la voix de son frère. Il trébucha.
Lorsqu'il reprit connaissance, le soleil brillait. Paul, hagard, décida de revenir à la ferme.
Plus jamais il ne revit son frère. Par contre, chaque fois qu'il reprit le sentier de la corniche des Alhas, une salamandre étrange, comme handicapée, étonnamment rapide malgré son infirmité, l'accompagna, parfois même 
jusqu'au Sentier de la Mine.
L'histoire de Jean-Marie Le Penible,  ou
la Marmotte qui se prenait pour un lion. 


Il était une fois, dans le site un peu lunaire et désertique d'Arette La Pierre Saint Martin, une vache qui, la belle saison venue, moyennant quelques feuilles de salade, posait pour les quelques touristes lesquels, cherchant peut-être un peu d'animation,  se retrouvaient penauds et esseulés au pied des immeubles abandonnés. Cette vache avait pour amie une brebis avec qui elle passait le plus clair de son temps à déambuler devant les devantures vides des magasins de location de skis, de vêtements de ski, de l'école de ski. Même la banque ou la Poste semblaient faisaient grise mine et avaient l'air d'attendre la neige. La vache et la brebis discutaient, heureuses de se chauffer au soleil, indifférentes aux jours qui passaient et qui les rapprochaient de la saison froide et de l'enfermement. Elles parlaient. Toute la journée, elles parlaient toutes les deux, sans s'arrêter. Bien sûr, personne ne les entendait car elles savaient se faire discrètes, mais elles n'arrêtaient pas. Un jour, en papotant comme ça, elles s'éloignèrent un peu de la place centrale et s'en sans rendre compte,  se retrouvèrent bientôt vers le plateau des Arres de Camplong. Elles tombèrent museau à museau avec une marmotte très révérencieuse qui leur fit très vite de petits signes mystérieux. Sans cesser de parler, les deux amies s'approchèrent et demandèrent les raisons de son agitation. La jeune marmotte, se mit à trembler, elle rentra les épaules et, de ses yeux, indiqua le sommet d'un rocher. La vache et la brebis tournèrent la tête et virent un amas graisseux qui se prélassait au soleil. "Euh oui ! Eh bien quoi ? Qui est-ce ?" fit la vache. "Eh bé, oui, c'est qui elle ?" fit la brebis. Un grognement sourd leur répondit et tout de suite, la jeune marmotte courut affolée vers le pied du rocher : "Ce n'est rien maître, elle ne vous connaissent pas !... Euh, je veux dire qu'elles ne vous ont pas reconnu !... Enfin, je crois qu'elles sont étrangères, c'est pour ça maître !"
L'amas graisseux, avait découvert ses deux incisives et, grognant d'un ton menaçant, exigea des excuses.  La vache ne put s'empêcher de meugler de rire :"Ah mais je te reconnais, c'est toi, Jean-Marie le Penible !" Puis se tournant vers la jeune marmotte, elle lui donna un petit coup de corne et lui dit : "Et toi, cesse de le regarder comme ça. Va jouer avec tes copains et laisse-le fondre au soleil. Il sera bien obligé de redescendre pour manger !" Les deux amies reprirent leur conversation et redescendirent vers la station, en laissant derrière elle, une jeune marmotte un peu désemparée.
Lorsque la laie te ment

Il était une fois une laie qui allaitait tranquillement ses petits. Comme toutes les femelles allaitant ses petits, cette laie était particulièrement anxieuse. Pensez donc, avec tous ces chasseurs qui se baladaient dans le pays, il y avait de quoi se méfier. Mais cette laie avait un caractère bien trempé. On ne l'y prendrait pas. Que l'un d'eux pointe le bout de son fusil et il verrait de quel bois elle pouvait se chauffer ! Non mais ! D'ailleurs, un cow-boy du Poujol en avait fait les frais. Le "nemrod" patrouillait avec son chien lorsque celui-ci était tombé truffe à truffe avec la cochonne qui, n'écoutant que sa peur, avait chargé l'imprudent. Dans le brouhaha qui suivit, le chasseur tira, croyant avoir débusqué un lièvre. Ce fut malheureusement son chien qu'il tua.
Quelques jours plus tard, un randonneur de Béziers, se croyant plus malin que les autres, décida de couper à travers bois pour rejoindre le fameux "Point Sublîme", un magnifique sommet des environs. Bien sûr, au bout d'un moment, il se retrouva bloqué par un amas rocheux qu'il dut escalader.  Malgré le froid piquant de  la saison, notre randonneur suait beaucoup lorsqu'il atteignit un surplomb d'où il aperçut avec soulagement comme une trouée dans la végétation. Il se mit à suer encore plus fort lorsqu'une laie, venant de nulle part, surgit deux mètres sous ses pieds et se carapata justement par la trouée qu'il comptait emprunter.
Se demandant alors par où il pourrait bien passer pour éviter de se retrouver face à ce monstre effrayé, il entendit  encore du bruit venant de sous le rocher. Quatre marcassins, lâchement abandonnés par leur vantarde de mère, venaient de se rendre compte qu'elle n'était plus là et, à leur tour, tentaient maladroitement de gravir les quelques petits obstacles qui se trouvaient dans le passage. L'un d'entre eux, resté en arrière se disait qu'il s'agissait certainement d'une ruse, et que leur mère allait revenir, comme elle l'avait toujours promis, pour les tirer des griffes de cet olibrius qui avait perturbé la têtée de onze heures !

   en savoir plus sur "Juste un petit secret"
textes :   © Vincent Mérand 2005



Retour à "photos d'animaux"                                                     retour à "Phot'oiseaux"                                                    retour à "mes randonnées" perso-écriture